
Lah, samedi 13 juin 2026. Lorsque les résultats du Certificat d’études primaires (CEP), session de 2026, ont été proclamés le samedi 13 juin, la joie a envahi l’École primaire publique bilingue de Lah C, dans la commune de Kona, province du Mouhoun. Les 21 candidats présentés par le professeur des écoles Zouda Alidou ont tous été admis. Un taux de réussite de 100 %. Mais derrière cette performance se cache une histoire encore plus marquante : celle d’un enseignant qui a personnellement aidé un élève issu d’une famille très modeste à obtenir son extrait de naissance, financé son dossier d’examen et l’accompagné jusqu’à la réussite.
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À l’École primaire publique bilingue de Lah C, dans la commune de Kona, province du Mouhoun, région de la Boucle du Mouhoun, un enseignant vient de réaliser une performance exceptionnelle au CEP 2026 avec 21 candidats présentés, 21 admis. Mais derrière cette réussite parfaite se cache une histoire plus profonde, celle d’un engagement sans limite en faveur de chaque enfant.
Comme chaque matin durant toute l’année scolaire, une même phrase résonne entre les murs : « Je peux avoir le CEP ! ». Ce slogan, répété quotidiennement par les élèves du CM2 de l’École primaire publique bilingue de Lah C, n’était pas une simple formule de motivation. Il incarnait une conviction portée par leur enseignant, Zouda Alidou, professeur des écoles , chaque enfant peut réussir lorsqu’il est accompagné avec méthode, confiance et persévérance. Les résultats du Certificat d’études primaires (CEP), session de 2026, lui ont donné raison. Les 21 candidats qu’il a présentés, dont 10 garçons et 11 filles, ont tous décroché leur diplôme, offrant à la classe un impressionnant taux de réussite de 100 %. « C’est un sentiment de devoir accompli. Je me sens comme un père émerveillé devant les prouesses de ses enfants. C’est la satisfaction de voir les efforts consentis tout au long de l’année porter leurs fruits », confie l’enseignant.
Pour parvenir à ce résultat, Zouda Alidou ne parle ni de miracle ni de recette secrète.

Sa stratégie repose avant tout, sur le respect des programmes officiels, la rigueur dans le travail et une présence constante auprès des apprenants. « J’ai appris aux élèves à apprendre leurs leçons, à traiter les différents items et à travailler ensemble. Nous avons beaucoup misé sur les travaux de groupe, les études surveillées et une saine émulation entre les groupes », explique-t-il. Lorsqu’un élève rencontrait des difficultés, il bénéficiait d’un accompagnement individualisé basé sur ses lacunes spécifiques. Tutorat, encadrement personnalisé, exercices particuliers et suivi à domicile ont donc été régulièrement utilisés afin qu’aucun enfant ne soit laissé pour compte. À Lah, l’apprentissage ne s’arrêtait pas à la sonnerie de fin de journée puisque des cours du soir étaient organisés de 17 heures à 18 heures. Des groupes d’études nocturnes étaient également mis en place entre voisins de quartiers avec le concours du directeur de l’école et des parents d’élèves. « Nous passions souvent les appuyer sur le terrain afin de maintenir la dynamique de travail », raconte l’enseignant. Cette implication collective a progressivement créé une culture de l’effort où chacun se sentait responsable de la réussite de tous.
L’histoire d’un élève qui résume tout
Parmi les 21 admis, un élève a particulièrement marqué son enseignant. L’année précédente, l’enfant devait déjà prendre part au CEP. Mais la pauvreté de ses parents ne lui avait pas permis de constituer son dossier d’examen. Face à cette situation, il avait été contraint de renoncer. Beaucoup auraient abandonné. Pas lui. Cette année, il est revenu à l’école avec la même détermination. Touché par sa situation, Zouda Alidou décide alors d’agir personnellement. Il entreprend les démarches nécessaires pour l’établissement de son extrait de naissance à la mairie et prend en charge les frais liés à son inscription à l’examen. Ses camarades de classe lui apportent également leur soutien tout au long de l’année.
Au bout du parcours, l’élève décroche son CEP. « Son admission est l’une des plus grandes satisfactions de cette année. Son histoire montre que la volonté peut triompher des difficultés lorsqu’il existe une chaîne de solidarité autour de l’enfant », souligne l’enseignant.
Les défis silencieux de l’école rurale
Si le résultat impressionne, il ne doit pas faire oublier les réalités auxquelles l’école rurale reste confrontée. Au cours de l’année, les élèves ont dû composer avec les nombreuses cérémonies festives organisées dans le village, le manque de lumière dans plusieurs foyers, l’insuffisance d’accompagnement à domicile pour certains enfants et le déficit de matériel pédagogique. À cela s’ajoutent les difficultés structurelles. « Les élèves des villes évoluent dans un environnement lettré. En milieu rural, les enfants apprennent essentiellement avec leurs enseignants. Le manque de manuels scolaires et les problèmes de connexion compliquent aussi les recherches », explique M. Zouda. Pour lui, la réussite exige une résilience permanente de l’ensemble des acteurs éducatifs.
Des sacrifices personnels assumés
Cette réussite a également eu un coût personnel. Pour accompagner ses élèves jusqu’à l’objectif fixé, l’enseignant reconnaît avoir sacrifié une grande partie de son temps libre. « J’ai renoncé à beaucoup de choses : les heures de repos, les mercredis soir, les samedis matin et soir, les congés, les loisirs et même certaines relations sociales. » Un investissement qu’il considère comme naturel lorsqu’il s’agit de l’avenir des enfants.
Un plaidoyer pour l’école rurale
Fort de son expérience, Zouda Alidou estime que les écoles rurales disposent d’un potentiel immense à condition d’améliorer leurs conditions de fonctionnement. Il plaide notamment pour l’électrification des établissements scolaires, le renforcement des cantines dès la rentrée scolaire, l’amélioration des conditions de travail des enseignants et l’actualisation des contenus pédagogiques. « L’éducation n’a pas de prix, mais elle a un coût que l’État ne peut éluder », insiste-t-il.
Aux décideurs, il demande d’être davantage à l’écoute des préoccupations exprimées quotidiennement par les acteurs du système éducatif. Après ce succès, le professeur des écoles ne compte pas s’arrêter là. À plus long terme, il souhaite continuer à améliorer ses performances. Avec un sourire, il évoque même un rêve devenu célèbre dans le monde éducatif burkinabè : mériter un jour la villa offerte aux meilleurs enseignants du pays.
À Lah, cependant, beaucoup estiment qu’il a déjà remporté une victoire plus précieuse. Celle d’avoir démontré qu’un enseignant peut changer des trajectoires de vie lorsqu’il considère chaque élève comme une promesse plutôt qu’une statistique. Car derrière le 100 % au CEP, il y a surtout 21 histoires de réussite. Et parmi elles, celle d’un enfant qui, sans l’engagement de son maître, n’aurait peut-être jamais eu l’occasion de composer son examen.
Il faut noter que le centre d’examen de Lah, a réalisé un exploit inédit lors du CEP 2026. Pour la première fois de son histoire, les quatre écoles du centre ont enregistré un taux de réussite de 100 %.
Hadeja KEITA
